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Entreprendre : la pression de l'entourage

Quand on décide d’entreprendre, on ne se confronte pas seulement à un marché, à une offre, à des clients, à des tarifs ou à une stratégie. On se confronte aussi au regard des autres et plus particulièrement à celui de son entourage.


Ce regard peut être bienveillant, inquiet, admiratif, sceptique, maladroit ou silencieux. Il peut encourager mais il peut aussi fragiliser surtout dans les premiers temps, lorsque l’on doute encore soi-même de sa légitimité, de ses choix et de sa capacité à tenir dans la durée.



La pression de l’entourage : une forme pas toujours spectaculaire


Cette pression ne prend pas forcément la forme d’une opposition frontale. Elle se glisse souvent dans des questions apparemment raisonnables : “Tu es sûre que c’est le bon moment ?”, “Et si ça ne marche pas ?”, “Tu vas vraiment pouvoir en vivre ?”, “Tu ne préférerais pas retrouver un poste stable ?” Ces phrases partent parfois d’une intention sincère de protection mais lorsqu’elles arrivent au moment où l’on essaie déjà de faire tenir son courage debout, elles peuvent réveiller exactement les peurs que l’on tente d’apprivoiser.


Il existe aussi une pression plus silencieuse : celle de ne pas se sentir comprise. L’entourage continue souvent de nous regarder avec les repères qu’il connaît. Dans le salariat, il y a un cadre lisible : un poste, un salaire, des horaires, une hiérarchie, une progression identifiable. L’entrepreneuriat, lui, est plus mouvant. On peut travailler énormément sans que les résultats soient immédiatement visibles, traverser des semaines intenses sans réussir à les résumer simplement ou célébrer une avancée qui paraît minuscule de l’extérieur alors qu’elle représente intérieurement un véritable passage de cap.


Publier un post, envoyer une proposition commerciale, fixer un tarif, relancer une cliente, répondre à un client ou clarifier une offre peut sembler anodin pour ceux qui ne vivent pas cette réalité. Pourtant, chacune de ces actions peut avoir demandé des heures de réflexion, de courage, de dépassement et de remise en question. Ce qui est invisible pour les autres est parfois immense pour nous. Et lorsque cette réalité n’est pas reconnue, on peut se sentir très seule.


Cette solitude ne vient pas toujours d’un manque d’amour. Nos enfants, notre famille, nos amis, nos conjoints peuvent nous aimer profondément sans savoir comment nous soutenir dans notre posture d’entrepreneuse. Ils peuvent vouloir nous protéger en nous ramenant vers ce qu’ils connaissent. Ils peuvent projeter leurs propres peurs financières, leur besoin de sécurité, leur rapport au risque ou leur vision de la réussite. Ils peuvent aussi être fiers de nous, trouver notre démarche courageuse et pourtant ne pas être capables d’offrir le soutien dont nous avons réellement besoin.


La différence entre "être encouragée" et "être comprise"


Être encouragée, c’est entendre : “C’est super ce que tu fais.” Être comprise, c’est entendre : “Je mesure ce que cela te demande.” Être encouragée, c’est recevoir un compliment sur son projet. Être comprise, c’est pouvoir déposer ses doutes sans que l’autre cherche immédiatement à rassurer, conseiller ou minimiser.


La pression de l’entourage devient particulièrement forte lorsque l’on attend de ses proches qu’ils valident une décision que nous sommes les seules à pouvoir porter. C’est humain d’avoir envie qu’ils comprennent, qu’ils approuvent, qu’ils nous soutiennent exactement comme nous en aurions besoin. Mais cette attente peut nous enfermer parce qu’elle nous place dans une forme de dépendance à leur regard.


Or, entreprendre demande aussi d’apprendre à avancer même lorsque tout le monde ne comprend pas, même lorsque certaines personnes doutent, même lorsque le soutien attendu n’arrive pas sous la forme espérée.


Cela ne signifie pas qu’il faut se couper de son entourage ou faire semblant que rien ne nous touche. Cela signifie plutôt qu’il devient nécessaire de faire le tri entre les avis qui nous nourrissent et ceux qui nous encombrent, entre les inquiétudes qui méritent d’être entendues et les projections qui ne nous appartiennent pas, entre les remarques qui ouvrent une réflexion et celles qui réduisent notre élan.

Toutes les opinions ne se valent pas dans notre chemin entrepreneurial. Certaines personnes nous aiment mais ne connaissent rien à ce que nous sommes en train de construire. Certaines veulent nous protéger mais parlent depuis leur propre peur. Certaines admirent notre audace mais ne savent pas accompagner nos moments de doute. Reconnaître cela permet de remettre chacun à sa juste place, sans colère ni rupture.



En tant qu'entrepreneuse, que faire de cette pression ?


Peut-être d’abord accepter qu’elle existe, au lieu de se reprocher d’y être sensible. Il est normal que le regard des proches nous touche. Il est normal de vouloir être soutenue par celles et ceux qui comptent. Mais il est aussi précieux de comprendre que notre entourage personnel ne peut pas être notre unique point d’appui entrepreneurial.


Nous avons besoin d’autres espaces : ceux où l’on parle le même langage (où l’on sait ce que représente une décision prise après des semaines de flou, un tarif enfin assumé, une offre clarifiée, une période de doute traversée sans abandonner) et ceux où l’on peut être écoutée sans être jugée, encouragée sans être infantilisée, challengée sans être écrasée.


Le Club des Inspirantes : un collectif de femmes, une safe place pour les entrepreneuses



Le Club des Inspirantes : un collectif de femmes entrepreneuses passionnées et passionnantes en Normandie et partout en France
Le Club des Inspirantes : un collectif de femmes entrepreneuses passionnées et passionnantes en Normandie et partout en France

C’est pour toutes ces raisons qu’un collectif comme Les Inspirantes existe : pour que les entrepreneuses ne restent pas seules face au poids des regards extérieurs, pour qu’elles puissent déposer ce qui pèse, célébrer ce qui avance et retrouver de la clarté quand l’entourage, même avec les meilleures intentions du monde, vient brouiller leur élan.


Entreprendre, ce n’est pas apprendre à ne plus être touchée par l’avis des autres, c’est apprendre à reconnaître quels regards nous aident à grandir, lesquels nous ramènent en arrière et auprès de qui nous choisissons de venir chercher du soutien.


Le plus important en fin de compte, c’est de ne pas se perdre en essayant d’être comprise par des personnes qui ne parlent pas encore notre langue d’entrepreneuse.

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